Résumé
À travers cette chronique de la vie politique des jeunes de Blanc-Mesnil,
nous découvrons comment les jeunes issus de l'immigration entrent
en politique. Yann est aujourd'hui agent d'accueil à la médiathèque
de Blanc-Mesnil. Il y a quatre ans, il a
participé au Conseil Local à la Jeunesse de la ville, plus
particulièrement à la commission Droit qui a réalisé
un court-métrage sur les rapports entre les jeunes et la police.
Avec les autres conseillers, il a accompagné le film dans des débats
en France. Absence de travail de mémoire sur le passé colonial
de la France, discriminations éthnique, ghétoïsation,
le film libère la parole citoyenne de l'assistance. A la fin de leur
mandat, l'incompréhension règne entre les élus et les
jeunes qui croient toujours en leur capacité de faire évoluer
les représentations sur les cités. Peu de conseillers vont
se représenter aux élections pour le renouvellement du conseil
local.
Fiche Technique
Documentaire, 2003
Durée : 51mn.
Format : Dvcam - Diff. Beta SP
Réalisation : Roland MOREAU
Image : Roland MOREAU, Arlette GIRARDOT, Catherine SEBAG et Saci OURABAH
Montage : Christobal SEVILLA
Musique et Mixage : Sophie BOMMART
Production : La CATHODE, Gabriel GONNET
Co-prod. : VOI Sénart, Linda ORTHOLAN
Avec le soutien de : Centre National de la Cinématographie, PROCIREP,
Société des producteurs et l'ANGOA-AGICOA
Avec la participation : Yann MEAS, Cheikh BENEDDINE, Zouina MEDDOUR, Marie-Georges
BUFFET et Fadela AMARA
À propos de DÉPASSER
LACOLÈRE
par Claudie JOUANDON
Dépasser la colère est un documentaire qui se propose de
faire le bilan de lune des actions menée par la " commission
droit " du Conseil Local de la Jeunesse de Blanc-Mesnil, durant les
deux années de son mandat (1999-2001).
À linitiative de Marie Georges BUFFET, Ministre de la Jeunesse
et des Sports de 1997 à 2002, et conseillère municipale
de cette mairie, cette expérience de démocratie participative
a été mise en place avec pour objectif de redynamiser les
conseils locaux de la jeunesse, afin de faciliter lintégration
des jeunes dans la cité et de les initier à leur futur rôle
délecteur.
Force est de constater que cette collaboration, qui aurait dû mettre
en évidence limportance de ces espaces de dialogue dans lapprentissage
de la responsabilité citoyenne, est avant tout révélatrice
des distorsions quont subi ces bonnes intentions au contact de la
réalité...
Sans doute surprise par la lucidité, la force de proposition et
la capacité dexpression de certains participants (si peu
conformes au modèle de ces jeunes en mal dintégration
sociale), léquipe municipale semble avoir été
quelque peu désorientée par la tournure que prenait cette
concertation.
Cest à travers la figure de Yann, choisi par le réalisateur
comme fil conducteur du déroulement de cette expérience,
que sexprime laudace naïve de cette "commission
droit" qui, forte du rôle dont elle était investie,
sest cru autorisée à pouvoir traiter librement de
ce sujet qui lui tenait tant à cur : " la police et
les jeunes ".
De toute évidence, ces novices aux propos libres et déterminés,
qui prennent place avec sérieux et enthousiasme à la tribune
de la démocratie, bafouent sans vraiment sen rendre compte
les conventions de la hiérarchie et les rituels de la politique...
Face à eux, frileuse, malgré quelques vaines tentatives,
léquipe municipale ne semble pas pouvoir sortir de son carcan
ni de ses discours politiciens... Cest par un montage en plans alternés
du face à face de ces deux groupes que le réalisateur souligne
cette distance qui, de fait, les rend sourd à tout dialogue.
Et pourtant, malgré son amertume et sa déception finale,
le personnage principal, fidèle à son idéal démocratique,
ne cesse pas pour autant de croire, semble-t-il, aux vertus du suffrage
universel! Et comme preuve de sa ténacité, la caméra
le suit et filme ses dernières tentatives auprès des plus
jeunes afin de les convaincre de la nécessité daller
voter.
Ce que permet de comprendre, entre autres, ce film, cest quil
ne suffit pas de créer un espace de concertation démocratique
pour quil existe... celui-ci reste encore à construire...
Faut-il, toutefois, que les politiques réussissent à se
débarrasser de "ces" discours préfabriqués
et de "ces" bonnes intentions sans fondement réel! Sinon,
plût au ciel que ce genre dinitiative, pressentie par le réalisateur
comme un moyen de dépasser la colère, bien au contraire,
ne lattise!...
J.C.
METTRE DE LHUILE
DANS LES ROUAGES
Interview de Bénédicte MADELIN
sociologue, Profession Banlieue
Est-ce que la parole des jeunes est prise en compte par les institutions
et par les élus ?
Dans les rencontres de travail que nous avons eues avec des jeunes engagés
dans les conseils locaux de jeunes, il ressort nettement, quels que soient
les jeunes et quelles que soient les villes où ils habitent, quon
les invite à participer mais qu'au moment où il y a les
prises de décision, ils ont le sentiment de ne plus compter. Vrai
ou faux, c'est autre chose, mais en tous les cas, c'est le sentiment qui
ressort majoritairement. Sur les décisions concernant, par exemple,
la programmation d'un centre culturel, les jeunes ont vraiment le sentiment
qu'on ne les sollicite pas, qu'on ne les prend pas en compte. Ce qui ne
veut pas dire pour autant que ce que les jeunes ont dit auparavant n'aura
pas été entendu mais ils n'ont pas le sentiment de participer
au processus de prise de décision.Il y a une forme d'incompréhension.
Certainement, une forme d'incompréhension entre des institutions
qui sont globalement dans des logiques administratives, institutionnelles,
" routinisées " et des jeunes qui eux voudraient briser
ces logiques. Ces jeunes ont des projets, des envies, mais nont
pas l'impression d'être accueilli de plain-pied. Ils ressentent
même une injustice : ceux qui font des études, par exemple,
notent que toutes les facs ne proposent pas les mêmes services,
les mêmes examens, les mêmes niveaux de diplôme.
Comment peuvent-ils dépasser cette colère qu'ils ont en
eux ?
Il faut qu'ils la transforment en quelque chose de positif. C'est facile
à dire. Ce ne sont pas seulement eux qui doivent transformer cette
colère. C'est la société qui doit aussi ouvrir les
portes d'un accueil réel et véritable. La question de la
discrimination, pour prendre un terme très générique,
est quelque chose qu'ils vivent fortement.
Sur les violences urbaines, avez-vous une réponse, enfin une partie
de réponse, en particulier par rapport à l'histoire du colonialisme
?
Je pense que notre histoire coloniale n'est pas suffisamment prise en
compte pour comprendre les rapports des jeunes à la société
française aujourd'hui. Bien sûr les jeunes n'ont jamais connu
le colonialisme en tant que tel. Mais dans leur histoire familiale, cette
mémoire collective est présente.
La guerre d'Algérie n'a été reconnue comme une guerre
quen 1999 ! On a toujours parlé " des événements
d'Algérie ", et jamais il na été reconnu
que les Algériens avaient d'une certaine manière gagné
leur libération. Et ça je pense que ça pèse
lourdement dans les histoires familiales et donc dans la mémoire
collective de toute une partie de l'immigration.Il y a toujours la figure
de l'ennemi finalement entre la communauté maghrébine et
les Français de souche. Même si c'est inconscient...
Je ne sais pas si j'emploierais ce terme d'ennemi. En tous les cas, il
y a un vieux litige. Parce que si du côté de la mémoire
de l'immigration ça pèse lourd, du côté des
Français, ça pèse lourd aussi. La guerre d'Algérie
est quelque chose qui pèse très lourd dans la mémoire
collective d'un certain nombre de familles françaises. Ça
a été quelque chose d'excessivement douloureux. Ceux qui
ont fait la guerre d'Algérie n'en parlent quasiment jamais parce
qu'elle a été humainement très difficile et qu'eux
aussi n'ont pas été reconnus, ou trop tard, comme ayant
combattu pour défendre la France. Je pense qu'on est dans un double
jeu de non- reconnaissance de personnes qui, de fait, ont participé
à une histoire très violente, conflictuelle. Et je crois
que c'est quelque chose qui pèse très lourd dans notre relation.
Il y aussi une attitude de la société française qui
est discriminante et il y a des tabous. Tout se fait dans un rejet qui
ne doit pas se voir. C'est un peu toute la question du centre et de la
banlieue.
Je pense qu'il y a une figure de la différence qui est très
forte. Liée à notre histoire coloniale très certainement.
Toutes les immigrations ne sont pas vécues de la même manière.
L'immigration des pays de l'Est, des anciens pays du bloc soviétique,
est une immigration d'une certaine manière européenne. Et
même si, à propos de ces pays, on a tout de suite en tête
la prostitution, la mafia, malgré tout, on nest pas dans
le même rapport avec ces migrants quavec ceux qui sont issus
des anciennes colonies françaises.
La plupart des jeunes avec lesquels nous travaillons sont nés en
France. Mais ils vivent difficilement ce quils ressentent comme
des discriminations, notamment dans lemploi.
Il y a bien sûr des personnes qui réussissent mais, majoritairement,
le parcours migratoire est un parcours où les gens perdent la reconnaissance
de leur qualification. Je pense à un infirmier d'origine africaine
qui ne pouvait faire valoir ses diplômes alors qu'on manque d'infirmiers
en France. Je pense à une juriste, également dorigine
africaine, qui a un niveau DEA de droit et qui n'a jamais réussi
à faire reconnaître ses diplômes. Elle a des vacations
ici ou là, on la sollicite pour ses compétences culturelles
et juridiques mais pas plus. Par contre, si on prend les informaticiens,
ils ne sont pas du tout dans la même logique parce que là
on va chercher des compétences, on ne va pas chercher des migrants.
Cela veut dire que dans leur histoire personnelle ils doivent intégrer
la discrimination, essayer de la dépasser, souvent courber la tête
et travailler très longtemps pour s'intégrer. Donc au niveau
de leur identité, est-ce que ça ne crée pas un certain
nombre de malaises ?
Ça crée bien évidemment des malaises. Leur identité
est complexe. Si je reviens aux jeunes, leur identité est faite
à la fois de leur histoire, celle de leurs parents, de leur famille,
de leur communauté au sens beaucoup plus large mais elle est aussi
faite de l'histoire de la France aujourd'hui et aussi de la mondialisation.
Les jeunes se construisent en vivant tout cela de façon très
mélangée et dans ce mélange, chaque histoire n'a
pas la même place, n'a pas la même valeur au sens symbolique
et au sens d'une place dans la société. La capacité
à gérer cette complexité et à trouver sa place
sera très variable en fonction des histoires familiales ou des
caractères des personnes aussi. Les uns vont vivre certaines difficultés
comme étant une injustice excessivement violente liée à
leur origine et ils vont tout de suite en faire un décalque sur
l'histoire de leurs parents, de leur père en général.
D'autres, par contre, arriveront à dépasser cette situation
et sans doute trouveront une place plus facilement parce qu'ils seront
moins révoltés, moins exigeants, peut- être.
Chacun à
ses stratégies. Mais ceux qui vivent de manière forte et
je dirais presque avec une blessure l'histoire de leur famille, auront
sans doute plus de mal à trouver une place. Parce qu'ils vont être
très exigeants, peut-être quelquefois trop exigeants, trop
à vifs face aux injustices qu'ils vivent d'une manière démesurée.
Et du coup, face à un refus de promotion, par exemple, ils vont
avoir le sentiment qu'on les rejette non pas tout simplement parce qu'ils
sont encore débutants, mais parce qu'ils sont d'origine maghrébine
ou d'origine africaine. Du coup on ne peut pas leur faire entendre que
même un jeune d'origine française ne va pas tout de suite
se retrouver cadre supérieur dans n'importe quelle entreprise.
Certains jeunes ont un vécu de l'injustice sociale qui ne les aidera
peut-être pas analyser la situation de manière très
juste.
Mais si on était seulement capable de mieux accueillir et si nous
retrouvions tous ceux qui composent la société française
aujourd'hui, dont un pourcentage important d'origine étrangère,
dans des postes de responsabilité au même titre que ceux
qui sont d'origine française, je pense que ça mettrait de
l'huile dans les rouages. En tout cas ça adoucirait beaucoup les
relations entre les ressortissants d'une migration issus des anciennes
colonies françaises et la société française
telle qu'elle est aujourd'hui.
De" GARDE A VUE,
GARDE A TOI MODE DEMPLOI " à "DÉPASSER LA
COLERE"
Par Roland MOREAU, Réalisateur
Récit
En février 2000 jai rencontré deux animatrices du
Service Municipal de la Jeunesse de la ville de Blanc-Mesnil, Zouina MEDDOUR
et Catherine MINNE. Depuis un an, elles travaillaient avec la commission
droit du Conseil Local des Jeunes sur les rapports entre les jeunes et
la police. Par lintermédiaire de La Cathode, association
qui mène des ateliers vidéo dans les quartiers dits "
difficiles ", jallais être le réalisateur qui
encadrerait le film issu de la réflexion de la commission droit.
De février à juin 2000, je me rends tous les mardis soir,
aux réunions du conseil local. Le travail collectif nest
pas évident, la discipline et l'assiduité sont difficiles
à faire respecter. Apprendre à s'écouter sans se
couper la parole, à réfléchir ensemble, à
construire et à réaliser un film sur les rapports conflictuels
entre jeunes et police rien nest simple sur ce projet.
Ce qui simpose, cest que les jeunes ont des choses à
dire, et surtout sur la police qui cristallise les problèmes de
discrimination, dexclusion, dont se sentent victimes ces jeunes
en majorité issus de limmigration. Avec laide des deux
animatrices, ils épluchent les journaux, potassent les lois et
en particulier le projet de loi qui vise à réformer la garde
à vue et à rendre la présence obligatoire dun
avocat pour les mineurs lors dune garde à vue.
Début mai le tournage commence par le témoignage de Faudil,
un animateur de La Courneuve qui a subi une garde à vue particulièrement
musclée et a décidé de porter plainte. Les jeunes
du Conseil Local écoutent respectueusement le témoignage
de Faudil que je filme. Cest la première fois que je les
vois tous concentrés, dans une écoute collective, empathique
et respectueuse. Dans le courant du mois de mai, plusieurs rencontres
ont lieu, qui sont toutes filmées. Malgré des demandes réitérées,
le commissariat de police de Blanc-Mesnil ne souhaite pas donner suite
aux demandes de rencontres entre les jeunes et la police, le dialogue
se fera finalement via un représentant syndical. Une petite fiction
est écrite et tournée où les jeunes tiennent différents
rôles montrant comment pourrait se dérouler une garde à
vue avec la présence dun avocat comme le prévoit la
nouvelle loi.
Début septembre la première version du film " Garde
à vue, garde à toi, mode demploi " est projetée
au Centre social des Tilleuls, cette projection est un test, en létat,
le film ne nous donne pas entière satisfaction. La fiction est
un peu manichéenne, il manque la parole des jeunes. Pour le public
présent, il est important de parler dun sujet tabou. Surprise,
le lendemain nous avons droit à un article dans Libération.
Cest là que les ennuis commencent, la préfecture alors
que les contrats locaux de sécurité sont en train dêtre
négociés avec la municipalité ne comprend pas bien
ce qui se passe sur le terrain, et le conseil municipal guère plus.
En octobre, lélu délégué à la
Jeunesse vient faire une mise au point. La coupure entre les jeunes et
les élus est patente, je sers de bouc émissaire (il en faut
bien un) et je défends notre travail. Les sentiments d'irritation
et d'incompréhension s'expriment sur le mode de l'hostilité
franche. Il y a beaucoup de fort en gueule à la Commission Droit.
Les tchatcheurs haussent la voix, argumentent, menacent
Puis sortent
en claquant la porte. Un nouveau tournage est organisé pour interviewer
les jeunes qui donnent enfin leurs sentiments sur la question, le film
est remonté et la version définitive est prête en
décembre.
En juin 2001, le conseil local des jeunes a organisé une série
de projection du film "Garde-à vue, garde à toi, mode
d'emploi". Dans la salle du conseil municipal, jassiste à
un dialogue de sourd, les jeunes ne comprennent pas pourquoi la police
de proximité va sinstaller dans le centre social, provoquant
ainsi la démission de la directrice. Lélu en charge
de la politique de la jeunesse parle de nouvelle culture politique et
ne semble pas vraiment entendre ce que lui disent les jeunes souvent sur
un ton véhément et indigné. La fiction du politique
avec tout le décorum de la salle du conseil municipal sous son
plafond immense fait face à la réalité des jeunes
et l'on projette le film sur un petit téléviseur. Je me
dis qu'il y a peut-être matière à un film documentaire
en suivant le travail du conseil local des jeunes pour montrer comment
se façonne au fil du temps la pratique de la vie politique des
jeunes.
Début octobre 2001, je reviens au Service Municipal de la Jeunesse
présenter mon idée de film, suivre les travaux du conseil
consultatif de la jeunesse durant plusieurs mois et raconter comment se
construit l'expérience politique des jeunes. Ils m'écoutent
et me répondent qu'ils souhaitent délibérer entre
eux avant de prendre leur décision, puis ils discutent de la préparation
du conseil municipal du 22 novembre. Après un mandat de deux ans,
les jeunes veulent présenter leur bilan et faire des propositions
devant le conseil municipal et engager un vrai débat démocratique
avec les élus, les seuls mots ne suffisent plus ils prônent
des mesures
concrètes. Une séance du conseil municipal est programmée
pour le 22 novembre avec les différentes commissions du conseil
local des jeunes, dans laquelle les jeunes portent tous leurs espoirs.
Début novembre cette séance est annulée.
Début décembre 2001 je prend une camera et je commence à
filmer seul, la Commission Droit se réunit pour la dernière
fois. La municipalité vient de décider d'organiser des élections
pour élire les nouveaux Conseillers, la liste des candidats paraît
avoir été préparée dans la précipitation
et sans concertation avec l'ancienne commission. Aucun encadrement du
futur Conseil local par des animateurs du service jeunesse n'est prévu,
les futurs conseillers devront être autonomes.
Pour Zouina qui a accompagné durant deux ans et demi la Commission
Droit, il est évident que l'autonomie des jeunes passe par un apprentissage
qui ne peut se faire que sur le long terme avec une équipe d'animateurs.
La nouvelle commission devra nommer un président de séance,
hors jusqu'à présent la commission pleiniére a fonctionné
sans président. Leurs conclusions c'est que la municipalité
ne semble pas prête à écouter les jeunes et le fait
qu'il y ait des élections n'y changent rien. Lors de la première
séance du nouveau conseil, les anciens souhaitent passer le flambeau
aux nouveaux conseillers afin qu'ils évitent un certain nombre
d'écueils. Mais comment prendre la parole dans ce nouveau conseil,
les anciens conseillers n'auront plus aucune légitimité.
Elise qui se représente au nouveau Conseil servira d'intermédiaire.
Le 8 décembre, les élections ont lieu, sur 44 représentants
de l'ancien conseil local seul 2 se représentent, la plupart ne
se sont pas sentis associés à la préparation des
élections. Toujours avec ma camera, je vais suivre cette journée
avec Yann. Dorigine franco-asiatique, il travaille comme surveillant
avec un contrat demploi jeune dans un collège de Seine Saint-Denis
et il va bientôt suivre une formation danimateur en alternance.
À 28 ans, Yann ne peut plus se représenter au conseil par
contre il ne veut pas arrêter d'agir à son niveau. Il ne
se fait aucune illusion sur lutilité du conseil local des
jeunes. "Sur quels critères, les jeunes vont-ils voter ? Sur
la bonne tête des candidats ? Et sur les trois phrases qui servent
de profession de foi en dessous de la photo des différents candidats
?
" Sous ces propos énergiques et directs pointe le découragement
: "Chaque fois que la commission a fait des propositions, elle n'a
rencontré de la part des élus que réticence et mauvaise
foi. Il faut un an, à une nouvelle commission pour se mettre en
place et pour que les différents membres se connaissent, 6 mois
pour monter des projets, dans ces conditions il est difficile d'aboutir
à quoi que se soit de concret en deux ans. La vérité,
c'est que les jeunes parlent à leur manière et font peur
aux élus".
Yann débat longuement avec Serge Brami, conseiller municipal, responsable
ce samedi après-midi d'un des bureaux de vote.
Pour Yann, "Les gamins vont vite arrêter de rêver",
le conseil local des jeunes, les élections des conseillers, ce
n'est que de la démagogie ". Pour l'élu, il s'agit
d'une expérimentation. Pour arriver à plus de représentativité
du Conseil Local, on ne peut pas reprocher à la municipalité
de chercher à construire en organisant pour la première
fois des élections.
Lors de la
proclamation des résultats, Marie Georges Buffet est là
en tant que conseillère municipale de Blanc-Mesnil, elle souligne
que la ville est l'une des rares municipalités à avoir organisé
de véritables élections pour son conseil local des jeunes.
Le Maire annonce les résultats en citant les uns après les
autres les candidats élus et invite le nouveau conseil local des
jeunes à bousculer la municipalité.
18 décembre 2001 première commission plénière
du nouveau Conseil Local des Jeunes, Cheik est autorisé à
faire une intervention en fin de séance : " La vérité
c'est que la municipalité n'est pas prête à nous écouter.
Il faut poser les vraies questions, qu'ils acceptent notre manière
de parler et prouver qu'un jeune ça sait argumenter, discuter,
et pas seulement casser des voitures...". C'est la fin de la première
commission droit du conseil local des jeunes, Comment vont-ils poursuivre
maintenant leur engagement politique?
Quelques mois plus tard le 21 avril 2002, le résultat des élections
va mettre fin à leurs espoirs et peut-être à mon projet.
Leurs
motivations tombent, leurs actions se font plus rare, l'engagement d'une
chaîne nationale sur le projet n'est plus qu'une illusion, un titre
s'impose "Dépasser la colère". Je continue à
filmer, un an plus tard en juin 2003 je commence le montage. Le film est
projeté au moment du Forum social Européen en novembre 2003.
En janvier 2004 un partenariat est envisagé avec les "Editions
de l'Atelier" qui publie "L'alternative jeunesse", deux
chercheurs ont étudié l'expérience de ces jeunes
qui s'investissent en politique, nos constats se rejoignent. Comment montrer
nos travaux
respectifs et attirer l'attention de l'opinion publique sur la représentation
politique des jeunes issus de l'immigration ?
PAROLES DE JEUNES
"Nous ne pouvons pas plaquer les formes démocratiques institutionnelles
qui ne fonctionnent plus très bien d'ailleurs. Les jeunes ont peut-être
d'autres façons de s'engager, il faut les entendre et ne pas faire
une copie d'un conseil municipal classique. Laissons aux jeunes le droit
d'établir leur conseil, leur règle, cessons de leur dicter
leur fonctionnement"
Mah, 23 ans, commission droits.
"Quand je me suis engagée, j'étais motivée,
mais aujourd'hui je suis dégoûtée. Je voulais faire
de grandes choses pour les jeunes et j'ai le sentiment d'avoir été
manipulée
"
Maïmounia, 18 ans, commission culture 1
"La culture hip hop transmet un message que souvent le politique
et les adultes ne veulent pas comprendre."
Medhi, 19 ans, danseur.
"Mon premier objectif c'était de "foutre le bordel"
chez les élus. J'habite un quartier sensible et on ne fait rien
pour nous. Je voulais faire bouger les politiques. En deux ans, il y a
eu bien plus. D'abord un groupe s'est formé. On a travaillé
sur des questions très importantes. On a rencontré du monde.
Le problème que l'on a soulevé au début : les rapports
police-jeunes nous est apparu sous un angle plus profond. Il s'agit d'un
mal-être entre les jeunes et les institutions. J'ai l'impression
qu'en deux ans de travail, on a fait avancer les choses. En faisant réagir,
en parlant, en nous faisant connaître. "
Cheikh, commission droits.
"Le
conseil local des jeunes c'était au début, expérimental.
Par rapport à deux ans de travail, il n'y a aucun conseil qui a
fait ce que nous avons fait. Nous sommes reconnus dans toute la France,
pour avoir parlé du malaise entre les jeunes et les institutions.
Nous n'incriminerons pas la police mais l'Etat ! Pas le fonctionnaire
qui ne fait qu'appliquer des ordres, mais l'Etat qui ne dialogue pas avec
sa jeunesse.
Le conseil local des jeunes a permis aussi à des jeunes de changer,
d'apprendre à parler. Il leur a permis de faire des choses ensemble.
Même si les élus n'entendent pas toujours la parole des jeunes,
qu'elle ne leur fait pas plaisir, j'ai l'impression aujourd'hui qu'ils
tendent plus l'oreille et j'espère que le nouveau conseil local
des jeunes leur servira davantage de relais."
Yann, commission droits.
"Si
j'avais un conseil à donner aux élus pour le prochain conseil
local des jeunes, ce serait de suivre davantage le travail des conseillers.
Pour ma part, j'ai eu l'impression que notre élu ne s'intéressait
pas à notre commission. Il ne faut pas croire que les jeunes refusent
le dialogue avec les adultes. Nous avons besoin d'échanger avec
eux pour construire, même si les désaccords apparaissent
Après deux ans de travail, si je ne suis pas réélue,
je ne pourrai pas continuer ce que j'ai démarré. J'aurais
aimé que les anciens conseillers puissent refaire un mandat sur
la base du volontariat. D'autre part personne ne nous a consultés
sur la mise en place de ces élections, les choix municipaux, etc.
Preuve qu'il y a encore beaucoup à faire pour créer le dialogue
entre les jeunes et les élus."
Aïcha, 15 ans, commission culture.
Extraits du journal des jeunes de Blanc-Mesnil " ça
Bouge !"
Octobre Novembre 2001
POUR EN SAVOIR PLUS
"L'alternative jeunesse"
Alain VULBEAU, Véronique BORDES
Les jeunes sont-ils considérés comme une menace ou une ressource
pour la
ville? Est-il vrai qu'ils s'engagent de moins en moins dans la vie associative
et
politique? Fruit de la réflexion inédite de vingt personnes,
élus, professionnels des
questions urbaines, jeunes et universitaires de Seine-Saint-Denis, ce
livre révèle et
analyse le regard porté par les jeunes sur l'espace qu'ils habitent.
Trois contrastes émergent de cet ouvrage:
La permanence de discriminations ethniques
récurrentes.
la difficulté des élus
à accepter les projets de jeunes.
L'étonnante ténacité
dont ils témoignent dans leur engagement.
Mise en vente: le 18 mars 2004
Les Éditions de lAtelier
DONNONS-NOUS
DES COULEURS !
Campagne pour une représentation politique des citoyens dans leur
diversité
e-mail: couleur-democratie@ewol.org
SITES INTERNET:
www.mrap.asso.fr
www.ldh-France.org
www.laligue.org
Le site des conseils de la jeunesse : www.conseilsdelajeunesse.org
et aussi :
www.alterites.com
http://www.adri.fr
Roland MOREAU
Auteur-Réalisateur-Producteur
r.moreau@9online.fr
FILMOGRAPHIE
COURTS
METRAGES
1986 "Vue sur la Mer" (17', 35 mm)
1987 "La croisée des chemins"(9', 35 mm)
1991 "Une Image pour les droits de l'homme" . Série de
30 Spots TV .
1992 La Dame de Coeur. 22'
1993 La Lumière entre dans la ville (4', 35mm)
1997 "C'est si bon " 26'
2002 Jonathan 2X26
DOCUMENTAIRES
1993 "L'Emeute Silencieuse" 13'
1995 "L'espace du possible" 26'
1999 Comment je men sors ? 55
2001 La troisième Rive 50'
LONG-MÉTRAGE
2002 "L'homme qui marche" 77'
PRODUCTEUR
1998 stage de production au CEFPF
1998 "il pour il" 3 courts-métrages documentaires
"Elle meurt pas la mort" doc. (21')
2000 "Un enfant tout de suite" doc.(50')
2001 "La marche de la dignité indigène" doc. (49')
2002 "140/142 rue Oberkampf" doc. 60'
"On n'est pas des steaks hachés" docu.54'
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