• • • Mémoire • • •
140/142 Rue OBERKAMPF, un immeuble se souvient …


Un film de Christian FRUCHARD
Documentaire : 59 mn


Le “140/142” est un immeuble de la rue Oberkampf à Paris.
Ceux qui vivent là ont traversé l’histoire de ce siècle : deux guerres mondiales, des crises économiques, mais également des drames personnels. Durant l'occupation, des familles juives subirent des déportations …
En montrant le quotidien de l'immeuble, les rapports des habitants entre eux, ce film nous indique comment chacun a essayé de combattre et de vivre.


Contact Presse: La CATHODE : 01 48 30 81 60
Fax : 01 48 30 81 26 - E-mail : la.cathode@wanadoo.fr
119 rue Pierre Sémard 93000 Bobigny

Sommaire

- Fiche technique

- Résumé du film

- 140/142 rue Oberkampf : un lieu de mémoire

- “Mémoires pour demain” : entretien avec Christian FRUCHARD

- “Et tu le raconteras à tes enfants” : entretien avec Hanna KAMIENIECKI, Présidente de l’AMEJD

- Contacts et ressources


FICHE TECHNIQUE

140/142 RUE OBERKAMPF
Réalisé par Christian FRUCHARD

Documentaire de 59 mn

Production : La CATHODE
Co-production : Contre-bande, Cityzen TV
Avec la participation : CNC, Procirep


Réalisation : Christian FRUCHARD
Image, son : Christian FRUCHARD
assisté par Philippe CARRERE
Montage : Catherine MINIER
Mixage : Sophie BOMMART
Musique : Piano joué par Isabelle Oehmichen


RÉSUMÉ

Le “140/142” est un immeuble de la rue Oberkampf à Paris.
Ceux qui vivent là ont traversé l’histoire de ce siècle : deux guerres mondiales, des crises économiques, mais également des drames personnels. Durant l'occupation, des familles juives subirent des déportations …
En montrant le quotidien de l'immeuble, les rapports des habitants entre eux, ce film nous indique comment chacun a essayé de combattre et de vivre.


140/142 RUE OBERKAMPF : UN LIEU DE MEMOIRE

Le 140/142 rue Oberkampf conserve le souvenir de ceux qui ne sont plus là. Ce film permet de retrouver dans l’immeuble les traces de la communauté juive qui en 1940 fut prise au piège.
Par l'accumulation des témoignages, en donnant la parole à chacun, ce documentaire participe d'un travail de mémoire.En se limitant à un lieu précis, répresentatif de son environnement, ce
film permet d'aller plus loin. Continuellement, tout au long du XXe siècle, les événements de la grande Histoire se sont refletés dans la vie du140/142
( ainsi la guerre de 14-18 provoque des difficultés économiques pour les propriétaires - exonération et blocage de loyers - ).

Aujourd’hui, des habitants, Melle MAUTUET, Pierre PECQUERY se souviennent de leur enfance entre les deux guerres. Aux différents problèmes (intégration des nouveaux immigrants, crise du logement, crise économique des années 30) s’opposent une joie de vivre, une grande solidarité entre voisins.
Le drame s’introduit véritablement dans le quotidien des habitants de l’immeuble en 1941 et 1942. La police française pénètre dans les appartements et rafle des Juifs. Au moins huit personnes mourront en déportation. Les familles BYBELEZER, GLANC, KRENGIEL, MOSKOVICZ, LAPON sont touchées. Certaines de ces familles habitent encore l’immeuble.


“MEMOIRES POUR DEMAIN” - Entretien avec Christian FRUCHARD

Question - Comment est venue l'idée de ce documentaire sur les habitants de cet immeuble et cette période particulière ?

Christian FRUCHARD
- J’ai habité de nombreuses années au 140/142 rue Oberkampf. De plus, il se trouve que l’immeuble appartient à ma famille. Un soir passe à la télévision un documentaire sur les rafles de Juifs pendant la 2ème guerre mondiale : le 140/142 est cité. Des personnes y auraient été arrêtées et déportées. Je rencontre alors mes voisins les plus âgés et j’apprends les différentes histoires des habitants de l’immeuble. Nombreux sont ces témoins à se souvenir aussi de mon arrière-grand-mère, Geneviève BEZAULT-DUNEUFFOUR, propriétaire de tout l’immeuble, morte en 1976. L’une de mes tantes, Nicole BEZAULT, me confie des documents familiaux. Le projet de réaliser un documentaire s’impose alors. L’objectif est de donner la parole à ceux qui habitent là depuis longtemps.

Q - Ton implication personnelle est très forte ?


Christian FRUCHARD
- La recherche familiale a été moins difficile que prévu. J'ai essayé d'être honnête et objectif vis à vis de mes aïeux. Heureusement, ils n'avaient pas eu d'attitude condamnable pendant la guerre. Au contraire, tout les témoignages vis à vis de Pierre BEZAULT, mon arrière-grand-père, étaient chaleureux. J'aurais continué de la même manière si leur attitude avaient été moins généreuse notamment vis à vis des victimes juives.
Peu à peu, j'ai vu apparaître le visage de mon arrière grand-père : Pierre BEZAULT est typiquement le représentant du bourgeois chrétien de la 1ère moitié du XXe siècle. Son idéologie était celle de l'église catholique. Son caractère était certainement très bon, généreux...

Q - Combien de temps ont duré tes recherches ?

Christian FRUCHARD

- Les recherches ont duré 5 ans. Elles ne sont pas toutes terminées mais l'essentiel est fait. Cependant, j'aimerais continuer afin de pouvoir donner ensuite mes sources à des chercheurs, à des étudiants en histoire...

Q - Le tournage a été étalé, y a il eu des difficultés particulières ?


Christian FRUCHARD

- Le tournage se faisait au fur et à mesure. Selon ce qui se passait dans l'immeuble. Pour les témoignages, je prenais rendez-vous avec mes voisins. Le premier rendez-vous était sans la caméra, le second avec..

Q - Par rapport à ce que tu souhaitais mettre en lumière, as-tu atteint tes objectifs ?


Christian FRUCHARD

- J'ai été aidé, notamment par Roland MOREAU de la Cathode, pour garder le cap. C'est à dire pour garder mon implication personnelle. Ma famille est la famille propriétaire. Je pense que ce film garde ce point de vue personnel.
Je souhaitais montrer ce qui se passait sur plusieurs plans : les événements graves comme les rafles, et puis le déroulement de la vie quotidienne, plus léger.

Q - Que t'as apporté la réalisation de ce film au plan personnel ?

Christian FRUCHARD

- J’ai rencontré des gens peu connus mais passionnants. Je me suis découvert un immense intérêt pour tout ce qui concerne les histoires familiales. En même temps, le besoin de prendre du recul par rapport à ma famille, pour pouvoir mieux l'analyser pour ensuite, éventuellement, me rapprocher d'elle.

Q - As-tu un ou des projets qui vont dans le même sens ? Ou totalement différents ?


Christian FRUCHARD

- J'aimerais beaucoup continuer les recherches historiques. J'aimeraistravailler sur la guerre de 14/18 et sur un village, une zone rurale.
Mais cette période ne comporte presque plus de témoins directs.

 

"ET TU LE RACONTERAS À TES ENFANTS" : Entretien avec Hanna KAMIENIECKI

Q - Vous êtes Présidente de l'Amejd - Association pour la Mémoire des Enfants Juifs du 11è morts en Déportation En quelle année a été créée l'Amejd et pourquoi ?

Hanna KAMIENIECKI
- Notre Association du 11è arrondissement de Paris, à été créée en février 1999, à la suite d'une initiative qui avait été prise dans le 20e. Une initiative privée, comme c'est souvent le cas. Un ancien résistant a voulu rendre hommage à la mémoire d'un camarade de classe, résistant aussi et qui est mort à la suite de son arrestation, en faisant poser une plaque dans l'école où ils Žtaient allés ensemble. Cela a été long, mais il y est arrivé, cela s'est fait très officiellement, avec une délégation du Ministère des Anciens Combattants. C'était une école de la rue de Tlemcen, dans le 20ème arrondissement.

Au cours de cette cérémonie consacrée à la mémoire d'un jeune élève mort pour faits de résistance - et Juif - beaucoup d'anciens élèves étaient là et ont évoqué leurs souvenirs de camarades morts en déportation parce qu'ils étaient Juifs. Et les instituteurs de cette école ont découvert ce qui s'était passé. A savoir, que c'était une école élémentaire, et que des élèves comme ceux qu'ils ont aujourd'hui ont été arrêtés et tués tout simplement parce qu'ils étaient Juifs. Et l'initiative de rendre hommage à la mémoire de tous ces enfants est partie des instituteurs. C'est pourquoi le comité s'est appelé le comité de l'école de la rue de Tlemcen.

Les instituteurs ont relevé dans les anciens registres des noms puis, avec d'anciens résistants et d'anciens déportés, ils ont créé une association qui a généralisé la recherche des enfants morts en déportation et la pose des plaques dans les écoles du 20è. Cette action s'est ensuite élargie à d'autres arrondissements, dont celui du 11è.

Q - Dans combien d'écoles avez-vous posé des plaques ?

Hanna KAMIENIECKI

- Depuis février 1999, dans 17 écoles. Nous prenons contact avec le Chef d'Établissement, nous lui expliquons que nous devons faire des recherches dans son école pour retrouver la liste d'élèves morts en déportation. Quelquefois les registres sont là, quelquefois non. En général, nous ne rencontrons pas de difficultés, sauf une fois. Donc, nous consultons les registres et nous relevons le nom de tous les enfants qui nous semblent d'origine étrangère, ou française juive. Sur les registres, il y a le nom du père et de la mère, leur nationalité, leur métier. Ensuite, nous croisons toutes les informations avec le Mémorial des Enfants Morts en Déportation qui a été édité par l'association de Serge Klarsfeld, le fichier du Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) et les Archives Nationales qui nous sont accessibles. Le nom de famille peut comporter de légères erreurs, parfois les prénoms ont été "francisés". Par exemple, pour moi, Hanna est devenue Anna. Nos noms Žtaient compliqués, les institutrices simplifiaient.

Q - L'activité de l'AMEJD est un travail de recensement des enfants Juifs morts en déportation. Et la deuxième activité, c'est de parler aux élèves actuels de ces écoles élémentaires.

Hanna KAMIENIECKI

- Je n'avais jamais eu l'occasion de parler dans les écoles élémentaires. J'intervenais plutôt dans des collèges et des lycées, parce que j'ai été résistante pendant la guerre, et que c'était au programme d'histoire. Mais ce n'est pas difficile de parler de la Shoah à des enfants. On considère comme étant enfant dont le nom devra apparaître sur les plaques, ceux qui ont été déportés jusquĠˆ 18 ans.

Nous nous présentons chacun avec notre histoire : en 39, quand la guerre a éclaté, moi je dis "j'avais 13 ans", moi voisin dit "moi j'avais 3 ans", etc … et nos expériences sont différentes. Ensuite, on leur parle de la première année de la guerre. C'était pareil pour tout le monde. Ce n'est pas dramatique à raconter, nous parlons des alertes, etc. Et puis très vite on leur dit que la guerre n'a pas duré longtemps puisque la France a été battue et occupée en juin 40. La République a été renversée par un Etat Français dirigé par le Maréchal Pétain. On insiste beaucoup sur le fait que la République a été renversée, remplacée par un État Français. Cet État était xénophobe, antisémite, raciste. Et on leur explique ce que signifient ces trois mots. C'est facile parce que il y a dans leur classe des portugais, des arabes, des noirs, des asiatiques.

Une des premières mesures prise par Pétain, a été d'édicter un décret sur le statut des Juifs. Ils devaient se déclarer et on leur mettait un tampon sur leur carte d'identité. Lorsqu'il y avait un contrôle d'identité, c'était facile de repérer un Juif. Et peu à peu, on leur a enlevé des droits, et on les mis à l'écart. Et en 1941, ont commencé les rafles de masse. La première rafle, en mai 1941, a concerné des hommes valides de 18 à 50 ans, envoyés dans des camps dans le Loiret. On les privait de liberté, et ils remplaçaient les paysans qui étaient prisonniers de guerre. En 1942, ont commencé les déportations. Donc, tous ces hommes qui étaient dans des camps ont été déportés. On pensait que c'était pour aller travailler dans l'est de l'Europe et puis cela a commencé à être grave quand des femmes et des enfants ont été déportés. Et c'est à la mémoire de ces enfants déportés que les plaques sont posées dans les écoles.

Le temps prévu pour notre intervention est d'une heure. Mais nous ne terminons pas en une heure et souvent, les enfants n'entendent pas la cloche de la récréation, ils sont en général très intéressés. Cela dure une matinée et quelquefois, ils nous demandent de revenir. Cela dépend des classes, et peut être aussi de la façon dont ils ont été préparés. Les enfants posent des questions très pertinentes. Certains sont concernés par l'histoire de leur famille, d'autres sont très précoces et font des liens avec ce qui se passe aujourd'hui.

Q - Vous constatez que vos interventions sont importantes pour ces enfants ?

Hanna KAMIENIECKI

- Ils prennent conscience, ils réfléchissent. Je dis que à l'époque, j'ai pu me cacher car j'avais la peau claire. A l'époque j'ai pensé que j'avais eu de la chance. On leur dit des choses comme cela, très concrètes. On insiste sur la République, la solidarité, nous avons été aidés, sinon nous n'aurions pas pu nous en sortir.

Q - Vous avez été résistante ˆ 17 ans. Certains membres de votre famille ont été déportés … Vous n'avez jamais cessé de vous battre.

Hanna KAMIENIECK I

- Deux cousines à moi ont été déportées, il n'y a plus de photos, plus rien. Le seul souvenir de ces deux petites filles, c'est cette plaque sur l'école. Elles ont un nom quelque part. Malgré les difficultés, je suis contente de ce travail que j'ai entrepris avec l'Amejd.

Avec mes parents, avant la guerre, nous habitions Levallois-Perret. Banlieue ouvrière ˆ l'époque. J'allais à un "patronnage laïque" tenu par des communistes. Et au moment de la guerre d'Espagne, j'avais 11 ans et j'allais quêter pour les combattants de la guerre d'Espagne. Cela m'a ouvert l'esprit. Et puis comme c'était une banlieue ouvrière, en 1936, on allait quêter pour les grévistes ! Tout cela m'a fait réfléchir très tôt. Je suis certaine que notre travail fait réfléchir les enfants à qui nous nous adressons.

Au début de l'année scolaire, nous demandons aux Chefs d'Établissements de nous inviter au Conseil de l'école de l'année, parce que il y a tous les instituteurs et les représentants des parents d'élèves. Un jour, une mère nous a dit : "Mais cela va traumatiser mes filles". Nous lui avons demandé si ses filles regardaient la tv. Oui ? Donc, ce que nous avions à dire ne pouvait pas être pire. La mère répond : elles sont au courant, elles ont lu le journal d'Anne Franck. Eh bien, il n'y a aucun problème. Je rassure les gens, je leur dis que je suis psychologue, grand-mre...

Q - Ce travail est difficile sans doute, car il ravive des souvenirs douloureux, des blessures inguérissables ?

Hanna KAMIENIECKI

- Ce travail est lourd, d'abord parce que nous sommes tous des écorchés vifs. Quel que soit l'âge que nous avions lorsque c'est arrivé. Mais le pire ce sont ceux qui étaient des enfants à ce moment-là. Il y a en 2 ou 3 trois qui viennent avec moi dans les écoles, j'ai une camarade de résistance qui a un an de plus que moi, et Julia membre de notre association, qui sont d'anciennes déportées.

On maîtrise mieux ce qu'on a vécu quand on était des adolescents et déjà construits. Mais ceux qui étaient des enfants cachés, qui ont eu leurs parents déportés, qui ont été confiés dans des familles de paysans plus ou moins gentils, ou placés dans des institutions où ils étaient malheureux parce que papa et maman n'étaient pas là ... C'était l'horreur et ils ne comprenaient pas pourquoi ils devaient se cacher. Et puis après lorsque les parents ne sont pas revenus, et qu'ils ont continué ... Ils sont restés écorchés.

Lorsque l'on consulte des registres, et que l'on voit parfois 6 enfants d'une même famille déportés. Et à partir de 43, ils déportaient même les bébés. On en pleure parfois. Mais il faut le faire ce travail. Sans doute ce serait plus confortable de ne rien faire. Là il faut se confronter à la douleur de ce qui s'est passé, à ces enfants arrachés à la vie.

Q - Pour vous, c'est un devoir ?

Hanna KAMIENIECKI

- Oui, c'est vraiment un devoir.

CONTACTS ET RESSOURCES

AMEJD - Association pour la Mémoire des Enfants Juifs du 11è Morts en déportation
37 rue Saint-Sébastien - 75011 Paris - Tel : 01 43 55 68 20

- Amejd CD ROM - Marcel Apeloig
- La lettre de l’Amejd - 2 numéros parus

Sites internet

Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes
www.fndisp.com

Fondation de la Résistance
www.fondationresistance.com

Centre de Documentation Juive Contemporaine
17 rue Geoffroy-l’Asnier - 75004 Paris - Tel : 01 42 78 60 30
www.memorial-cdjc.org

Site internet de l’école Saint Sébastien
www.ec-24-saint-sebastien.scola.ac-paris.fr


Eléments bibliographiques

- La grande rafle du Vel d’Hiv., Claude Levy et Paul Tillard (Laffont 1967)

- Auschwitz expliqué à ma fille, Annette Wieviorka (Le seuil, 1999)

- Le racisme expliqué à ma fille, Tahar Ben Jelloun (Le seuil, 2000)

- L’étoile des juifs de Serge Klarsfeld (l’Archipel, 1992)

- Si j'étais un homme de Primo LEVI (POCKET poche)

- Le devoir de mémoire de Primo LEVI (Mille et une muit)

- Paroles d'étoiles: Mémoires d'enfants cachés 1939 -1945
sous la direction de Jean - Pierre GUÉNO (Librio)

- Paroles d'étoiles: l’album des enfants cachés (1939 –1945)
Jean-Pierre GUÉNO – Jérôme PECNARD (les arènes, 2002)

CD ROM - 1 heure video/audio de rescapés
FMD 71 rue Saint Dominique - 75007 Paris