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FICHE
TECHNIQUE RÉSUMÉ 140/142
RUE OBERKAMPF : UN LIEU DE MEMOIRE MEMOIRES
POUR DEMAIN - Entretien avec Christian FRUCHARD
"ET TU LE RACONTERAS À TES ENFANTS" : Entretien avec Hanna KAMIENIECKI Q - Vous êtes Présidente de l'Amejd - Association pour la Mémoire des Enfants Juifs du 11è morts en Déportation En quelle année a été créée l'Amejd et pourquoi ? Hanna KAMIENIECKI - Notre Association du 11è arrondissement de Paris, à été créée en février 1999, à la suite d'une initiative qui avait été prise dans le 20e. Une initiative privée, comme c'est souvent le cas. Un ancien résistant a voulu rendre hommage à la mémoire d'un camarade de classe, résistant aussi et qui est mort à la suite de son arrestation, en faisant poser une plaque dans l'école où ils taient allés ensemble. Cela a été long, mais il y est arrivé, cela s'est fait très officiellement, avec une délégation du Ministère des Anciens Combattants. C'était une école de la rue de Tlemcen, dans le 20ème arrondissement. Au cours de cette cérémonie consacrée à la mémoire d'un jeune élève mort pour faits de résistance - et Juif - beaucoup d'anciens élèves étaient là et ont évoqué leurs souvenirs de camarades morts en déportation parce qu'ils étaient Juifs. Et les instituteurs de cette école ont découvert ce qui s'était passé. A savoir, que c'était une école élémentaire, et que des élèves comme ceux qu'ils ont aujourd'hui ont été arrêtés et tués tout simplement parce qu'ils étaient Juifs. Et l'initiative de rendre hommage à la mémoire de tous ces enfants est partie des instituteurs. C'est pourquoi le comité s'est appelé le comité de l'école de la rue de Tlemcen. Les instituteurs ont relevé dans les anciens registres des noms puis, avec d'anciens résistants et d'anciens déportés, ils ont créé une association qui a généralisé la recherche des enfants morts en déportation et la pose des plaques dans les écoles du 20è. Cette action s'est ensuite élargie à d'autres arrondissements, dont celui du 11è. Q - Dans combien d'écoles avez-vous posé des plaques ? Hanna KAMIENIECKI - Depuis février 1999, dans 17 écoles. Nous prenons contact avec le Chef d'Établissement, nous lui expliquons que nous devons faire des recherches dans son école pour retrouver la liste d'élèves morts en déportation. Quelquefois les registres sont là, quelquefois non. En général, nous ne rencontrons pas de difficultés, sauf une fois. Donc, nous consultons les registres et nous relevons le nom de tous les enfants qui nous semblent d'origine étrangère, ou française juive. Sur les registres, il y a le nom du père et de la mère, leur nationalité, leur métier. Ensuite, nous croisons toutes les informations avec le Mémorial des Enfants Morts en Déportation qui a été édité par l'association de Serge Klarsfeld, le fichier du Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) et les Archives Nationales qui nous sont accessibles. Le nom de famille peut comporter de légères erreurs, parfois les prénoms ont été "francisés". Par exemple, pour moi, Hanna est devenue Anna. Nos noms taient compliqués, les institutrices simplifiaient. Q - L'activité de l'AMEJD est un travail de recensement des enfants Juifs morts en déportation. Et la deuxième activité, c'est de parler aux élèves actuels de ces écoles élémentaires. Hanna KAMIENIECKI - Je n'avais jamais eu l'occasion de parler dans les écoles élémentaires. J'intervenais plutôt dans des collèges et des lycées, parce que j'ai été résistante pendant la guerre, et que c'était au programme d'histoire. Mais ce n'est pas difficile de parler de la Shoah à des enfants. On considère comme étant enfant dont le nom devra apparaître sur les plaques, ceux qui ont été déportés jusquĠ 18 ans. Nous nous présentons chacun avec notre histoire : en 39, quand la guerre a éclaté, moi je dis "j'avais 13 ans", moi voisin dit "moi j'avais 3 ans", etc et nos expériences sont différentes. Ensuite, on leur parle de la première année de la guerre. C'était pareil pour tout le monde. Ce n'est pas dramatique à raconter, nous parlons des alertes, etc. Et puis très vite on leur dit que la guerre n'a pas duré longtemps puisque la France a été battue et occupée en juin 40. La République a été renversée par un Etat Français dirigé par le Maréchal Pétain. On insiste beaucoup sur le fait que la République a été renversée, remplacée par un État Français. Cet État était xénophobe, antisémite, raciste. Et on leur explique ce que signifient ces trois mots. C'est facile parce que il y a dans leur classe des portugais, des arabes, des noirs, des asiatiques. Une des premières mesures prise par Pétain, a été d'édicter un décret sur le statut des Juifs. Ils devaient se déclarer et on leur mettait un tampon sur leur carte d'identité. Lorsqu'il y avait un contrôle d'identité, c'était facile de repérer un Juif. Et peu à peu, on leur a enlevé des droits, et on les mis à l'écart. Et en 1941, ont commencé les rafles de masse. La première rafle, en mai 1941, a concerné des hommes valides de 18 à 50 ans, envoyés dans des camps dans le Loiret. On les privait de liberté, et ils remplaçaient les paysans qui étaient prisonniers de guerre. En 1942, ont commencé les déportations. Donc, tous ces hommes qui étaient dans des camps ont été déportés. On pensait que c'était pour aller travailler dans l'est de l'Europe et puis cela a commencé à être grave quand des femmes et des enfants ont été déportés. Et c'est à la mémoire de ces enfants déportés que les plaques sont posées dans les écoles. Le temps prévu pour notre intervention est d'une heure. Mais nous ne terminons pas en une heure et souvent, les enfants n'entendent pas la cloche de la récréation, ils sont en général très intéressés. Cela dure une matinée et quelquefois, ils nous demandent de revenir. Cela dépend des classes, et peut être aussi de la façon dont ils ont été préparés. Les enfants posent des questions très pertinentes. Certains sont concernés par l'histoire de leur famille, d'autres sont très précoces et font des liens avec ce qui se passe aujourd'hui. Q - Vous constatez que vos interventions sont importantes pour ces enfants ? Hanna KAMIENIECKI - Ils prennent conscience, ils réfléchissent. Je dis que à l'époque, j'ai pu me cacher car j'avais la peau claire. A l'époque j'ai pensé que j'avais eu de la chance. On leur dit des choses comme cela, très concrètes. On insiste sur la République, la solidarité, nous avons été aidés, sinon nous n'aurions pas pu nous en sortir. Q - Vous avez été résistante 17 ans. Certains membres de votre famille ont été déportés Vous n'avez jamais cessé de vous battre. Hanna KAMIENIECK I - Deux cousines à moi ont été déportées, il n'y a plus de photos, plus rien. Le seul souvenir de ces deux petites filles, c'est cette plaque sur l'école. Elles ont un nom quelque part. Malgré les difficultés, je suis contente de ce travail que j'ai entrepris avec l'Amejd. Avec mes parents, avant la guerre, nous habitions Levallois-Perret. Banlieue ouvrière l'époque. J'allais à un "patronnage laïque" tenu par des communistes. Et au moment de la guerre d'Espagne, j'avais 11 ans et j'allais quêter pour les combattants de la guerre d'Espagne. Cela m'a ouvert l'esprit. Et puis comme c'était une banlieue ouvrière, en 1936, on allait quêter pour les grévistes ! Tout cela m'a fait réfléchir très tôt. Je suis certaine que notre travail fait réfléchir les enfants à qui nous nous adressons. Au début de l'année scolaire, nous demandons aux Chefs d'Établissements de nous inviter au Conseil de l'école de l'année, parce que il y a tous les instituteurs et les représentants des parents d'élèves. Un jour, une mère nous a dit : "Mais cela va traumatiser mes filles". Nous lui avons demandé si ses filles regardaient la tv. Oui ? Donc, ce que nous avions à dire ne pouvait pas être pire. La mère répond : elles sont au courant, elles ont lu le journal d'Anne Franck. Eh bien, il n'y a aucun problème. Je rassure les gens, je leur dis que je suis psychologue, grand-mre... Q - Ce travail est difficile sans doute, car il ravive des souvenirs douloureux, des blessures inguérissables ? Hanna KAMIENIECKI - Ce travail est lourd, d'abord parce que nous sommes tous des écorchés vifs. Quel que soit l'âge que nous avions lorsque c'est arrivé. Mais le pire ce sont ceux qui étaient des enfants à ce moment-là. Il y a en 2 ou 3 trois qui viennent avec moi dans les écoles, j'ai une camarade de résistance qui a un an de plus que moi, et Julia membre de notre association, qui sont d'anciennes déportées. On maîtrise mieux ce qu'on a vécu quand on était des adolescents et déjà construits. Mais ceux qui étaient des enfants cachés, qui ont eu leurs parents déportés, qui ont été confiés dans des familles de paysans plus ou moins gentils, ou placés dans des institutions où ils étaient malheureux parce que papa et maman n'étaient pas là ... C'était l'horreur et ils ne comprenaient pas pourquoi ils devaient se cacher. Et puis après lorsque les parents ne sont pas revenus, et qu'ils ont continué ... Ils sont restés écorchés. Lorsque l'on consulte des registres, et que l'on voit parfois 6 enfants d'une même famille déportés. Et à partir de 43, ils déportaient même les bébés. On en pleure parfois. Mais il faut le faire ce travail. Sans doute ce serait plus confortable de ne rien faire. Là il faut se confronter à la douleur de ce qui s'est passé, à ces enfants arrachés à la vie. Q - Pour vous, c'est un devoir ? Hanna KAMIENIECKI - Oui, c'est vraiment un devoir. CONTACTS
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