LA TROISIÈME RIVE

Dans un conte africain, la troisième rive, se sont ceux qui rament à contre-courant, c'est aussi le nom d'un lieu artistique situé dans une usine derrière l'Eure.
Ce documentaire raconte l'itinéraire d'artistes qui, en l'espace de quelques années, sont passés des squats à une installation légale dans une usine. Badia et Denis Robert cheminent en agissant plus qu'ils ne théorisent leur pratique en interrogeant la place de l'artiste dans la cité et le rapport de la marge à la norme.

Un film de Roland Moreau
Documentaire : 52 mn

Contact presse
Cécile Védille : cyrce.hv@wanadoo.fr
La CATHODE : 01 48 30 81 60
la.cathode@wanadoo.fr

119 rue Pierre sémard
93000 Bobigny

- Les protagonistes
- Une rencontre : Le peintre, le chanteur, le cinéastre
- Fiche technique
- Sites ressources

 



























RÉSUMÉ
Dans un conte africain, la troisième rive, c'est ceux qui rament à contre-courant, c'est aussi le nom d'un lieu artistique situé dans une usine derrière l'Eure. Ce documentaire raconte l'itinéraire d'artistes qui, en l'espace de quelques années, sont passés des squats à une installation légale dans une usine. Badia et Denis Robert cheminent en agissant plus qu'ils ne théorisent leur pratique en interrogeant la place de l'artiste dans la cité et le rapport de la marge à la norme.


LE FILM

Entre cheminement et interrogations "La troisième rive" est la suite d'un premier documentaire de 26 minutes intitulé "L'espace du possible" dans lequel le réalisateur nous interrogeait sur l'économie de l'Art. Denis et Badia étaient alors installés à l'atelier 61, squat de création près du canal St Martin dans le 10ème arrondissement de Paris. Maintenant légitimées dans l'usine de Ménille, l'industrie et la création se côtoient au quotidien et de nouvelles questions se posent avec de nouvelles réponses qui se profilent. En montrant l'association "la troisième rive" dans son fonctionnement et dans ses actes créatifs, Roland Moreau nous rend témoins des paradoxes d'une telle situation entre lieu de création et lieu de production. Des artistes s'investissent dans un lieu en impliquant les villageois et les enfants des écoles. Des ateliers de pratiques artistiques pour les plus jeunes créent des rencontres. Lors des expositions des échanges se font.



NOTE D'INTENTION (SEPTEMBRE 2000)

En organisant une grande fête pour la Saint-Jean, les animateurs de la 3° rive cherchent à retrouver l'enracinement des chants et des rituels populaires. En rencontrant d'autres musiciens à Bologne lors d'un stage sur le chant social, ils provoquent des convergences musicales entre l'Italie et la France. En animant un atelier hebdomadaire de chant pour les adultes, des ateliers de peinture pour les enfants lors des expositions, un des buts des artistes est de transmettre leurs pratiques de la création et d'ouvrir ce lieu aux enfants des écoles et aux habitants du village. Ce qui fédère les animateurs de cet espace c'est cette utopie de la "troisième rive", image poétique et politique d'un ailleurs possible à construire dans nos quotidiens. Peut-être que leur combat se résume à la construction d'un lieu culturel dans un espace original (une usine en activité) pour démontrer que le possible nous est toujours aussi nécessaire pour continuer d'exister comme artiste et comme citoyen.


LES PROTAGONISTES

Dans le chant polyphonique il y a toujours une occasion où un chanteur fait sa "crise de protagoniste", c'est souvent la voix haute qui mène le chant mais parfois c'est la basse. Il en va de même pour ce film qui décrit des actions collectives, où d'une séquence à l'autre, plusieurs personnages se passent le relais du protagoniste. Denis Robert: Chanteur, comédien, animateur d'un lieu culturel. Badia: Peintre, sculpteur, comédienne, chanteuse, organisatrice d'événements culturels. Roland Moreau : Réalisateur, cameraman, chanteur, auteur. Jean-Marc Gautier : Peintre, comédien, formateur. Carole Houssay : Peintre, comédienne.

LA TRANSVERSALITÉ

La musique populaire, le théâre, l'art brut, le cinéma, l'enseignement, nos différentes pratiques culturelles se croisent et se nourrissent. Où trouver une cohérence dans ce foisonnement d'expériences ? Le retour aux sources, l'expression de soi, la recherche d'une certaine vérité dans l'acte créateur nous fédèrent. La création de lieux indépendants du marché de l'art pour se donner les moyens de chercher, de se rencontrer et d'échanger autour de nos différentes expériences. Dans le montage, les différentes pratiques artistiques rebondissent les unes vers les autres, pour construire une cohérence qui se fait sur la durée.

LA FABLE DU CHEMINEMENT


Du squat à l'usine le chemin n'était pas balisé pour Denis Robert et Badia. De l'idée d'un film sur la marche à pied à sa concrétisation, je n'imaginais pas que je passerais par l'expérience du dénuement. Aujourd'hui, avec le temps, ces quêtes font sens. Peut-être que la logique du pas à pas et de la lenteur étaient nécessaire pour permettre à nos recherches d'exister.


UNE RENCONTRE
(Première note d'intention, juillet 1999)

Le peintre, le chanteur, le cinéaste

Un jour j'ai décidé de mettre en image l'errance d'un homme qui se met à marcher en rencontrant un gamin fugueur qui l1entraînera dans une randonnée à travers la France entière. Je me cherchais sans le savoir derrière ce conte initiatique d'un informaticien qui abandonne son ancienne vie pour parcourir le monde. Cette histoire n'était qu'une métaphore, comment me mettre en chemin et oser mettre en scène un jour mes démons intérieurs. Une fois le scénario écrit, j'ai souhaité, pour me préparer, renouer avec une de mes premières passions, celle de l'acteur. J'ai suivi une série de stage comme comédien et c'est là que j'ai rencontré Denis Robert, dans une salle de répétition des anciens frigos de Paris. Denis comédien et chanteur était habité par une exigence terrible envers ce qu'il appelait le Travail. J'avais du mal à accepter ce mot pour ce qui n'était pour moi que de la comédie. Il recherchait le don total, ce moment où l'acteur est tellement lui-même que le spectateur ne peut être que toucher par sa vie. Nous étions guidés par Zygmunt Molik un acteur polonais de la troupe de Jerzy Grotowsky. Pour lui un acteur ne devait pas entrer sur scène pour tricher avec ses sentiments mais pour vivre une expérience intense. Il fallait apprendre à se dépouiller et à se livrer aux yeux du public, être vivant et investir ses actes de toutes les fibres de son corps. Pour y parvenir, Zygmunt nous laissait improviser de longs murmures où chacun se laissait aller à écouter l'autre. Parfois un moment de magie sonore se créait. Et c'est comme ça que nos deux voix se sont rencontrées et que j'ai chanté pendant plusieurs années avec Denis.

En 1992 Denis et sa compagne Badia venaient de s'installer dans un squat passage Paillé à Clichy. Badia peignait son monde intérieur dans des tableaux aux couleurs vibrantes. Elle était dans l'urgence, sa peinture était un combat violent avec la matière pour donner vie à son univers. Dans ce lieu, j'ai répété avec eux pendant 6 mois un spectacle autour de Léo Ferré et du chant populaire.

En août 93 avec une nouvelle équipe Denis et Badia occupent d'anciens ateliers dans le Xème arrondissement de Paris près du canal Saint-Martin. L'atelier 61 va devenir une sorte de phalanstère où peintres, comédiens, cinéastes cohabiteront dans d'immenses ateliers avec l'idée sous-jacente que l'art peut changer la société. L'espace est organisé comme un outil de travail pour les artistes. Moi, après 6 mois d'euphorie et de travail intensif, je reviens du tournage de ce que je crois être mon premier long-métrage. Je suis invité à m'installer dans une salle du squat pour monter tout en continuant à chanter avec Denis. Mon exigence sans moyens rejoint celle d'autres artistes, et l'année 94 se passe à attendre des financements qui n'arrivent pas. Entre les effets d'individualisme qu'implique tout travail artistique et le projet associatif, le lieu vit pendant deux ans intensément. Démunis face à nos besoins de créer, nous étions dans le rêve et le défi de l'impossible. Nous marchions en creusant notre propre chemin sans toujours admettre notre marginalité.

Début 95 d'auteur-réalisateur-producteur je suis devenu rmiste et je participe aux ateliers-vidéo de la rue du Dragon, immeuble squatté par le Droit au logement. Vivant au quotidien l'exclusion sournoise du cinéaste-chercheur, il me semble important de rendre compte par un documentaire de l'expérience de l'atelier 61 où des artistes dans une situation précaire réquisitionnent un lieu et s'organisent pour travailler malgré la morosité généralisée. Dans ce film de 26 minutes "L'espace du possible", je posais plusieurs questions :
-Est-il légitime d'occuper un espace vacant pour y créer ?
-Comment se donner les moyens de travailler et de chercher ?
-Quelle expression artistique émerge de ce lieu ?
-Comment détacher l'acte créateur du marché ?

En octobre 95 après procès, l'atelier 61 disparaît et le propriétaire France-Construction doit dédommager les occupants pour récupérer ses locaux. L'équipe immole une effigie pour symboliser la fin de l'expérience et nous chantons sur le toit de l'atelier pour signifier aux voisins notre départ. Ces deux années auront démontré qu'il est vital pour le quart monde artistique d'avoir un espace de répétition et de création. Je ne filme pas, j'ai la tête ailleurs. Après deux ans d'attente, je viens de terminer le tournage de mon long-métrage, "l'homme qui marche", qui porte si bien son titre. Badia y tient le rôle d'une assistante sociale.

D'éphémère, l'histoire de squatters s'inscrit dans la durée, après un passage rue de la Lune près de Strasbourg Saint-Denis dans de magnifiques caves voûtées servant de local de répétition aux comédiens et aux musiciens. En 1997 un mécène les accueille dans une partie de son usine. Une relative stabilité permet aux ex-squatteurs d'inscrire leur projet dans la durée.

Il y a 4 ans Denis Robert concluait le documentaire "L'espace du possible" en évoquant métaphoriquement la troisième rive, celle des gens qui rament à contre-courant. Et puis un jour, ils sont tellement nombreux qu'ils forment une troisième rive. Aujourd'hui à Ménille derrière l'Eure, installée dans une partie d'une usine de plasturgie l'association "La troisième rive" existe, animée par les anciens squatters. Un industriel qui connaît leur passé d'occupants illégaux leur a signé un bail en bonne et due forme pour dix ans contre un franc symbolique.

Hors des circuits académiques et institutionnels, les artistes n'ont pas d'autre solution que de creuser leur chemin. Pour moi la nécessité de faire un premier long-métrage m'a obligé à tourner un film sauvage. Mes galères de cinéaste ont croisé celles de Denis et Badia qui étaient dans un engagement artistique total, celui-ci se confondant souvent avec la pauvreté et la dignité.

La morale de cette histoire c'est un peu comment nous nous sommes donnés les moyens de travailler malgré tout. Il fallait à Badia un atelier pour peindre, il fallait à Denis un espace pour répéter et chanter, il me fallait un coin pour commencer à monter mes rushes, et il fallait à d'autres artistes un espace pour répéter, exposer, mettre en scène, sculpter. Au-delà de la fable c'est peut-être constater que l'artiste-chercheur n'a peut-être rien d'autre à trouver que lui-même. Mais comment chercher ? Avec qui ? Dans quelle direction ? Dans quel cadre ?

Roland MOREAU


FICHE TECHNIQUE

LA TROISIÈME RIVE


Un film de Roland MOREAU

IMAGES
Arlette GIRARDOT
Roland MOREAU

MONTAGE
Sylvie KAHANE

MIXAGE

Sophie BOMMARD

ASSISTANT

Cyril MENEHOU

PRODUCTION

Gabriel GONNET
Roland MOREAU

Avec le soutien

De la Direction des Actions Territoriales du Ministère de la Culture De Périphérie, Conseil Général de la Seine-Saint-Denis Cityzen TV

REMERCIEMENTS

Jean-Claude VOLOT Groupe Dedienne Le Comité des Fêtes de Ménille Le Front Musical d'Intervention L'école Ivan Illitch à Bologne

MUSIQUE
Le chant des ouvriers La semaine sanglante

C/ La CATHODE-Périfilms.Liens : http://www.les-petits-ruisseaux.com/cassan


LiensĘ: www.lespetitsruisseaux.com