ESQUIVE !

Un film de Patrice ROLET
Documentaire : 52 mn


À Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, le collège Jean Moulin, classé Zone d'Education Prioritaire, abrite une classe d'insertion et une structure dite "Espace SOS".

À l'enseignement général, coordonné par Brigitte PUGET, professeur principal, s'est greffée une expérience pilote de BOXE ÉDUCATIVE, dirigée par René ACQUAVIVA, professeur d'EPS.

Contact presse La CATHODE : 01 48 30 81 60
E-mail : la.cathode@wanadoo.fr

 

 

 

 

 

Sommaire - Fiche technique
  - résumé du film
  - Le contexte d'ESQUIVE
  - Le film FACE À FACE distribué par le CNDP
- Entretiens :
- "FORCE, ESPOIR ET BEAUTÉ" - Patrice ROLET
  - "LE CARRÉ MAGIQUE" - René ACQUAVIVA
  - "UN PROFESSEUR PAS COMME LES AUTRES" - Brigitte PUGET
  - En savoir plus sur la boxe éducative
  - Bibliographie
  - Sites Ressources
  - Générique
  - Les autres films de La CATHODE autour des thèmes de la violence, la justice et la loi
 
FICHE TECHNIQUE : ESQUIVE

Documentaire de 52 mn
Réalisé par Patrice ROLET
Prod : La CATHODE - Aller Retour Productions - Télessonne - 2002
Avec la participation de :
- Ministère de l’Education Nationale
- Centre National de la Cinématographie
- Fonds d’Action Sociale
- Ministère de la Jeunesse et des Sports
- Fédération de Boxe Anglaise


RÉSUMÉ


À Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, le collège Jean Moulin, classé Zone d'Education Prioritaire, abrite une classe d'insertion et une structure dite "Espace SOS".

À l'enseignement général, coordonné par Brigitte PUGET, professeur principal, s'est greffée une expérience pilote de BOXE ÉDUCATIVE, dirigée par René ACQUAVIVA, professeur d'EPS.

LE CONTEXTE D' ESQUIVE

Le collège Jean Moulin abrite deux structures spécifiques pour élèves en difficulté.

1/ "L'Espace SOS" (ainsi renommé par les professeurs de cette classe) accueille des élèves très indisciplinés (violence, absentéisme, insultes…) pour une courte période, en général de une à quatre semaines. C'est le professeur principal qui en fait la demande, avec l'accord des parents et du responsable de l'établissement.
Cette classe spéciale a été mise en place en Seine-Saint-Denis, il y a cinq ans, avec l'appellation administrative de "Classe SAS". Les 25 dispositifs du département ont déjà accueilli 350 élèves. Les enquêtes réalisées montrent que là où elles existent, les "classes SAS" conduisent à la diminution du nombre d'exclusions définitives après conseil de discipline.

2/ La classe d'insertion, de niveau 3ème, reçoit des élèves en difficulté scolaire. Cette classe a pour objectif d'établir des relations privilégiées avec ces élèves et de les préparer à des formations qualifiantes (CAP, BEP). Les stages en entreprise représentent une part importante de leur emploi du temps.

Brigitte PUGET


Brigitte PUGET est le professeur principal de la classe d'insertion et le professeur pilote de "L'Espace SOS" où sont dispensés également des cours d'anglais, d'arts plastiques et d'informatique. La boxe éducative est enseignée par René ACQUAVIVA.

René ACQUAVIVA


René ACQUAVIVA est professeur d'EPS au collège Jean Moulin depuis 1998, avec la mission particulière de lutter contre la violence en Seine-Saint-Denis, par l'apport de la boxe éducative.
La section de boxe éducative qu'il a créée au collège Jean Moulin accueille, outre les jeunes de "L'Espace SOS" qui ont besoin de canaliser leur énergie, les autres élèves de l'établissement, filles ou garçons, qui souhaitent apprendre cette discipline.
Auparavant, René ACQUAVIVA a été champion de France de boxe anglaise et entraîneur national jusqu'en 1997. Depuis cette date, il est consultant pour la chaîne Pathé Sports et la radio Sports O'FM. La Fédération Française de boxe anglaise l'a chargé de la communication pour le développement de la boxe éducative en France.
En juillet 2000, l'Education Nationale lui a décerné le diplôme des palmes académiques.

Les jeunes

Patrice ROLET a choisi de filmer durant une année scolaire le travail de Brigitte PUGET et de René ACQUAVIVA avec les élèves de "l'Espace SOS".

De fin septembre à début juillet, il va vivre le quotidien de la classe, les échanges, les liens qui vont se tisser entre les deux professeurs et les élèves. Les séquences rendent compte des rapports qui s'instaurent dans la classe, sur le ring, avec les parents, lors de la préparation des stages en entreprise, ou encore lors de la visite, avec la classe, de la déchetterie de Saint-Ouen.

Sur trois trimestres, on peut observer les jeunes se prendre au jeu des règles - de français, que leur enseigne Brigitte PUGET, ou celles relatives à la boxe, que leur transmet René ACQUAVIVA - et réfléchir, prendre conscience, se transformer.

Au fil des semaines, ils mûrissent, et une séquence montre Bilal par exemple, qui essaie de convaincre un nouveau venu ou un plus jeune, des vertus de la boxe éducative, pour devenir "moins inconscient" et plus assidu aux cours.

Deux figures principales ressortent du film : Moussa, le plus souvent sur la réserve, et Bilal, un peu casse-cou : ils sont devenus amis dans la salle de boxe.

Une scène clé du film les montre dans la salle de boxe. Moussa accuse alors René ACQUAVIVA de "l'utiliser". Et c'est Bilal, qui explique très sérieusement à Moussa quel est le rôle véritable de René ACQUAVIVA : lui éviter l'exclusion.

Depuis la fin du film, Moussa a entrepris un CAP de boulangerie, et Bilal poursuit sa scolarité au lycée.

FACE À FACE

Face à Face (3 fois 15 mn) est une version du film destinée à l'Education Nationale.

Cette version est destinée à l'information et la formation des enseignants.

Le film est découpé en trois parties, qui correspondent aux trois trimestres de l'année scolaire.

Le film suit le quotidien de ces jeunes, dont la vie scolaire est rythmée par les cours, les examens, la préoccupation des moyennes à obtenir, les entretiens avec les parents et les professeurs, la remise du bulletin.

Les séquences filmées alternent avec les entretiens plus complets de Brigitte PUGET et René ACQUAVIVA. Face à la caméra, ils expliquent leur rôle, leurs actions, leurs doutes aussi, parfois.

La conclusion de FACE À FACE est donnée à Moussa et Bilal, tous deux face à la caméra : "Quand j'aurais des enfants, nous irons boire le thé chez tonton Moussa" explique, rieur, Bilal.


"FORCE, ESPOIR ET BEAUTÉ"

Entretien avec Patrice ROLET

Question : comment est née l'idée de ce film ?

En 1999, J'ai rencontré René ACQUAVIVA. Nous avons parlé de son expérience pilote : la création d’une section de boxe éducative au collège Jean Moulin, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). J'ai tout de suite été intéressé par le double aspect insertion sociale plus boxe éducative et j’ai eu envie de filmer cette expérience.
J'ai donc pris contact avec le proviseur du Collège Jean Moulin, qui après beaucoup d’hésitations, a accepté que je vienne pendant une année scolaire (2 jours par semaine, 70 jours de tournage environ, de fin septembre à début juillet).

Q - D'après vous, pourquoi ces hésitations ?

Le proviseur craignait avant tout une approche médiatisée, surtout basée sur le sensationnel. En fait, la confiance s'est installée progressivement. J'étais seul avec ma caméra, et cela m'a permis de me fondre dans le décor et d'être vraiment à l'écoute.

Q - En février 2002, vous avez 52 mn de film télévisuel (Esquive) et 3 fois 15 mn pour l'Education Nationale (Face à Face). Quelles ont été vos difficultés ?

Les vraies difficultés ont été d'ordre financier. J'ai démarré seul, avec ma caméra, sans aucun financement. Et c'est un second contact de production qui a véritablement permis le développement du projet. En parallèle, grâce à un contact de René ACQUAVIVA, j'ai pu obtenir l'aide du Service de Production Audiovisuelle de l'Education Nationale. Ce service a débloqué les fonds nécessaires pour qu'existent 3 cassettes de 15 mn destinées à être diffusées dans les collèges, pour la formation des enseignants. A quoi peut servir la boxe éducative, en tant qu'outil pédagogique de citoyenneté et de responsabilisation face au quotidien ?

Le 3e producteur est La CATHODE qui a trouvé un diffuseur sur le câble et obtenu l'aide du CNC pour boucler le budget. Et enfin, le montage s'est fait en décembre 2001, soit un an et demi après la fin du tournage !

Q - La boxe est plutôt un sport masculin...


Dans le 3 fois 15 mn, on voit le portrait d'une fille, mais dans le document télévisuel, j'ai surtout filmé les adolescents qui venaient en continu. L'année scolaire suivant le tournage, René ACQUAVIVA a élargi son enseignement aux filles.

Q - Quelles ont été les "suites" de ce film pour les participants ?

Moussa termine son apprentissage de boulanger et Bilal continue sa scolarité au lycée. Pour des jeunes qui sont en échec scolaire et social, la boxe éducative sert à "freiner la chute", même s'il n'existe pas de réussite à 100 %. Des balises et des points de repères leur sont donnés.

René ACQUAVIVA a créé une section de boxe éducative à Orly, tout en poursuivant son activité au collège Jean Moulin. Il espère que la diffusion des cassettes dans les collèges, comme outil pédagogique, va donner des idées et l'envie de créer d'autres sections. La diffusion se fera à partir de septembre 2002 par le catalogue CNDP.

Q - Avez-vous déjà travaillé avec des jeunes en difficulté ?


C'était la première fois, mais mes sujets de documentaire sont toujours intenses, difficiles. Par exemple, j'ai filmé un atelier de peinture en asile psychiatrique. Et puis un groupe de rock constitué de handicapés mentaux. Ainsi qu'un atelier de théâtre de femmes en prison. En règle générale, je mets l'accent sur ce qui, chez un être qui traverse momentanément, ou qui vit depuis longtemps une situation difficile ou délicate, est porteur de dynamisme, de force et d'espoir, de beauté.

Tous ces thèmes me sont proches à divers titres. L'insertion, par exemple, vers 10 ans, j'ai été viré plusieurs fois du collège. Ou bien la folie, je crois qu'aujourd'hui, personne n'est véritablement à l'abri d'une dépression.

Et puis je fais partie de cette génération d'un certain cinéma militant. Plus jeune, je filmais pour changer le monde, aujourd'hui, je filme pour que le monde ne me change pas !


"LE CARRÉ MAGIQUE"

Entretien avec René ACQUAVIVA

Question : à quelle date a été créée la section de boxe éducative au collège Jean Moulin d'Aubervilliers ? Et pourquoi ?


En 1998, l'Inspection Académique me charge de lutter contre la violence scolaire en Seine-Saint-Denis, grâce à la boxe éducative. Lorsque je suis arrivé et que j'ai vu les bagarres incessantes dans la cour, le manque de respect permanent, envers les professeurs, les consignes, les camarades, et la dégradation du matériel, j'ai eu un moment de doute. Et puis j’ai pensé que la pratique de la boxe pourrait aider ces gamins à intégrer des règles de comportement et canaliser leur violence.

Le premier trimestre est surtout consacré à faire appliquer les règles de base de fair-play et de respect du partenaire, avec interdiction de toucher le visage.

Q - Dans le film on vous voit "choisir" vos élèves ?

"L'Espace SOS" qu'anime Brigitte PUGET, accueille, pour une durée déterminée, les élèves qui ont insulté un professeur ou qui se sont bagarrés. Le mardi, je vais chercher les punis, les élèves “ perturbateurs ”, qui se révèlent les meilleurs clients pour la boxe. Nous allons ensuite dans la salle de boxe qui jouxte le collège.

Commentaires sur quelques scènes fortes de ESQUIVE :

1/ L'adolescent amené par son professeur parce qu'il est insolent. Le travail à la boxe éducative va consister à lui montrer que la première règle, c'est qu'il existe un maître et qu'il faut le respecter. Sur le ring, on ne peut pas tricher, on peut être fanfaron, insolent, bagarreur en classe ou dans la cour, mais lorsque l’on pénètre dans le "carré magique", on est face à soi-même, face à l'adversaire, et là, la violence et la force brutale ne servent à rien.

2/ L'adolescent à qui je fais faire des exercices d'assouplissement : ses copains se moquent de lui à cause de son poids. Donc, il se bat et donc... il se fait exclure du collège. Je lui explique que la boxe peut l'aider. D'abord à maigrir, et ensuite à se faire respecter.

3/ La séquence où Moussa me reproche de "l'utiliser" : en fait il répète les propos d'un adulte. Nous avons une explication à ce sujet et il est intéressant de voir Bilal (le capitaine) intervenir. Bilal lui explique (et il jure que c'est vrai "sur la Mecque" - ce qui n'est pas rien !) mon rôle : lui éviter l'exclusion, le maintenir à l'école, qui le protège malgré tout et malgré lui. A la fin de la scène, on voit Moussa assis sur un siège, tête baissée, profondément méditatif !

Q - Souhaiteriez-vous étendre cette expérience ?


J'aimerais créer d'autres sections dans d'autres collèges. Je suis persuadé que la boxe éducative peut être un réel outil de développement concernant la morale, le civisme. Et dans ce contexte scolaire, je voudrais mettre en valeur les aspects qui font davantage travailler le mental, la réflexion, la mémoire. Cette année, l'équipe est composée de 10 filles et 10 garçons, et le capitaine de l’équipe est une fille ! Les filles qui font de la boxe sont ravies, et elles apprennent à se défendre ! Je voudrais aussi, dans le cadre du dispositif "Initiatives Découvertes" lancer une activité de boxe éducative et musique avec le professeur de musique du collège.

Je souhaiterais que l'on me donne la possibilité de faire des propositions concrètes dans un contexte où le problème de la violence scolaire est d'une actualité brûlante et où tout un chacun est à la recherche de solutions. J'ai prouvé qu'une section de boxe éducative pouvait être l'une des solutions possibles pour les problèmes de violence scolaire.

Il faut savoir qu’aujourd'hui on n'a plus besoin d'une salle de boxe ! Un espace (ring Verseron) peut être monté en 10 mn n'importe où !

On parle de centres et de collèges spécialisés pour "jeunes perturbateurs". Ce que je propose est plus simple et plus facile à appliquer.

Pour contacter René ACQUAVIVA :
Email : acqua@wanadoo.fr

AUTRES INITIATIVES DE RENÉ ACQUAVIVA :

* Organisation d'activités sur le thème "boxe éducative et musique" :


- à Pâques 2001, à Champigny, les jeunes sportifs se sont entraînés accompagnés par plusieurs percussionnistes, qui sont par ailleurs leurs "grands frères".

* Stage pour les jeunes qui ne partent pas en vacances :

- Les 27 et 28 décembre 2001, "Noël de la boxe éducative" à la salle de boxe de Fontenay-sous-bois

* Présentation récente de deux dossiers dans le cadre de violence scolaire :

- Au Ministère de l'Education Nationale : un premier projet d'implantation de sections sportives sur le territoire.
- Au Ministère de la Jeunesse et des Sports : un second projet de lutte contre l'oisiveté et la délinquance durant les vacances scolaires.

"UN PROFESSEUR PAS COMME LES AUTRES…"

Brigitte PUGET

(Extraits d'entretiens tirés du film Face à Face)

"Dans le collège, nous avons mis en place quelque chose qui est un peu interne, c'est "l'Espace SOS", pour des élèves qui n’en pouvaient plus de la classe, pour les classes qui n’en pouvaient plus de ces élèves, et pour les professeurs qui avaient tout le mal de la terre à travailler. Mais ça, ça me trottait dans la tête depuis longtemps : comment accepter qu’un élève démolisse une classe, et se démolisse lui-même, mais à la limite, qu’il se détruise, c’est grave bien sûr, mais au moins qu’il ne détruise pas les autres.”

“Je pense qu’un jeune n’est jamais irrécupérable. Plus on attend, plus c’est difficile de le récupérer, plus c’est lourd d’avoir un passé négatif. Mais je crois, et heureusement, par ce que quand je ne le croirais plus, je ne sais pas comment je tiendrais pour enseigner, que l'on peut toujours trouver le déclic.”

“Je suis le professeur des élèves qui ne travaillent pas bien. Et puis avec “L’Espace SOS”, ça se précise. A tel point que, quand il m'arrive de travailler avec un groupe de jeunes de classe générale, ils me demandent presque pourquoi c'est moi le professeur, est-ce qu'ils sont… ils ont fait des choses pas bien ? … J’ai vécu ça.”

“Quand on a parlé de mettre en place une section de boxe, moi je ne savais pas ce qu’était la boxe. J’en avais peur, pour moi un boxeur c'était quelqu’un de violent. Mais quand je ne connais pas quelque chose, avant de juger, j'essaie de réfléchir, de me renseigner…
Et petit à petit, j'ai pensé que ça pouvait peut-être être utilisé dans la classe de "l'Espace SOS". Et puis j’ai rencontré René, qui m’a persuadée.”

“Quand je vois un élève en classe complètement stressé, je pense que peut-être sur un ring, il peut se défouler. Et puis, au contraire, quand je vois un élève épanoui - et c'est très important que j'aille voir un élève épanoui sur le ring - je le lui rappelle. Ce matin, j'ai rencontré dans les couloirs un élève qui réussit en boxe, et qui, ce matin était en situation bien désagréable ; et je lui ai dit : "Pourquoi je ne te vois pas comme quand tu es sur le ring ?”

“Cette année, une élève de la classe d’insertion m’a dit : "Vous nous parlez comme si vous étiez notre mère". Et puis je dis : "Mais pourquoi dis-tu nous ?" et elle m'a répondu "Parce que nous sommes plusieurs à penser ça" ! J'ai eu l'occasion de parler avec elle et je lui ai dit : "tu sais ça me fait plaisir ce que tu me dis, c’est flatteur, mais je ne suis pas ta mère, je n’ai pas à avoir un rôle de mère. Je ne suis qu’un professeur, mais peut-être que tu es en train de me dire que ta mère n'a pas joué son rôle et que tu retrouves dans le professeur quelque chose que tu n'as pas eu dans ta famille". Elle n'a pas bien compris. Elle m'a dit : "Mais non, heureusement que vous n'êtes pas ma mère" et je lui ai répondu : "Heureusement que tu n'es pas ma fille" ! Et je crois que nous étions sincères toutes les deux, mais c'est là où il se passe quelque chose, et ce qui fait que je suis un professeur peut être pas tout à fait comme les autres.”

Question : Qu'est-ce qui motive cet intérêt particulier pour les élèves en difficulté ?

Je suis intéressée par une approche différente, qui est de prendre le temps de les écouter, car ces élèves ont besoin de temps. Cette approche m'intéresse plus que celle qui consiste à apporter simplement des connaissances, et cela correspond aussi à ma formation en psychologie. J'essaie de privilégier une action au plus près des problèmes que peuvent rencontrer ces élèves. Je ne pense pas que cela soit plus difficile que dans les classes dites générales.

Q : Comment fonctionne "l'Espace SOS" ?

Lorsque l'élève arrive, on essaie de le mettre bien avec lui-même, on lui demande quelle est la matière où il réussit le mieux. À 90 % les garçons répondent : c'est le sport. Quel sport ? À 90 % , ils répondent : le foot. Le foot sera donc l'entrée qui permettra ensuite de revenir au programme (santé, biologie, maths...).

"L'Espace SOS" permet à ces élèves en difficulté de vivre des moments privilégiés, qui, nous l'espérons, leur laisseront une petite trace. Certains, des années après, me reparlent de détails dont ils se souviennent particulièrement. Et là, je me dis que notre action n'est pas inutile.

"L'Espace SOS" est un endroit particulier, où les notions de lieu et de temps seront perçues par les élèves comme étant très différentes de la classe qu'ils quittent momentanément.

Même le temps de la récréation n'est pas le même : c'est une courte pause, qui se prend également à un moment différent de celui de la récréation commune aux autres classes. Et enfin, il écrivent eux-mêmes leur emploi du temps.

En ce qui concerne le budget particulier nécessaire à cette classe spéciale, il faut dans un premier temps évaluer les besoins . Et ensuite, dès que la structure fonctionne, il nous est demandé un bilan et des preuves sur le travail qui a été mené.

Q : Avez-vous ressenti des difficultés particulières durant le tournage ?

Au départ, j'étais impressionnée, j'avais peur que cela prenne des proportions qui faussent la réalité. Très vite, on a dépassé ce cap, autant les élèves que moi-même.

Mais il faut savoir que, pour ces élèves, le plus souvent, réussir est une honte. Les élèves veulent être filmés quand ils font des bêtises ! Et passer à la télé quand ils font des bêtises !

D'une façon générale, pour ces gamins, réussir, c'est se marginaliser car ils voient et vivent beaucoup d'échecs autour d'eux. Si on réussit en classe, pour qui va-t-on passer ? Alors on glisse le stylo dans la chaussette, on donne son cartable à un porteur de cartable ! Et tant pis si le devoir à rendre au professeur est dedans !

Dans certaines classes générales aussi, c'est une honte d'avoir une bonne note. Une collègue me parlait récemment d'une jeune fille de sa classe, qui a souvent de bonnes notes, des 18…. Lorsqu'elle reçoit le devoir corrigé, cette jeune fille cache la note, pour que les autres élèves ne se moquent pas d'elle !

Q : Aimeriez vous une suite ?

Oui, pour voir ce que sont devenus les jeunes. Et aussi si cela aide à faire réfléchir d'autres collègues, oui, pourquoi pas ?

Le travail mené à "L'Espace SOS" permet de soutenir le jeune dans un moment difficile, mais ne le sauve pas toujours.

À l'heure des bilans, on me demande : est-ce que l'élève est sorti de ses difficultés ? Oui, aujourd'hui, oui, mais c'est quelque chose qui reste fragile. Le jeune est pris dans un engrenage. Dès qu'il sort de l'école, ses copains l'attendent.

Pour contacter Brigitte PUGET :
Collège Jean Moulin
74, rue Henri Barbusse
93300 Aubervilliers
Tel : 01 43 52 63 07
Fax : 01 43 52 06 85

EN SAVOIR PLUS SUR LA BOXE EDUCATIVE

La boxe éducative est une discipline ludique qui s'adresse aux garçons et filles de 8 à 15 ans.

La boxe éducative permet à chaque enfant ou adolescent de :

- dépenser, sous contrôle, son trop-plein d'énergie
- apprendre le respect de l'adversaire comme du partenaire
- acquérir confiance en soi

Sport sans danger, la boxe éducative a pour principe de toucher l'adversaire sans intention de faire mal, et sans se faire toucher. Les assauts (non les combats) se déroulent dans des conditions bien précises :

- niveau technique exigé (grades acquis selon les connaissances)
- protections imposées (casque, gants, coquille)
- contrôle strict du directeur de l'assaut

La boxe éducative est un sport très complet.

Sur le plan physique :

- elle développe harmonieusement la musculature
- elle stimule les grandes fonctions de l'organisme

Sur le plan psycho-moteur :

- elle permet un bon développement du schéma corporel, nécessaire à l'équilibre de l'enfant ou de l'adolescent, ainsi qu'à l'affirmation de sa personnalité.

La boxe éducative est aussi un moyen sûr de lutter contre la délinquance, et facilite l'adaptation à la vie sociale :


- en occupant la jeunesse
- en canalisant l'agressivité naturelle de l'enfant ou de l'adolescent
- en lui donnant un objectif, une motivation

1 - L’OBJECTIF CENTRAL : FORMER L’ENFANT A LA CITOYENNETÉ

Le projet se centre sur la formation de “l’enfant-citoyen” par la pratique de la boxe éducative. Sa particularité, en dehors des vertus spécifiques et évidentes de la boxe éducative, est de faire un doux mélange de boxe et de musique RAP. Dady Lorc C du groupe “La Cliqua”, très connu auprès de la jeunesse, parrainera et sélectionnera des rapeurs locaux.

OBJECTIFS CULTURELS

Pratiquer la boxe éducative pour se rendre compte et intégrer des règles strictes qui sont en opposition aux “bagarres de rue”. L’objectif n’est plus de faire mal mais de toucher son opposant pour marquer des points.

OBJECTIFS SOCIAUX

Confronter les élèves à une activité codifiée où le respect des règles et du règlement devient impératif.
L’enjeu est que l’enfant :
- respecte les règles
- respecte le professeur
- respecte son partenaire-adversaire tant au niveau verbal que physique

OBJECTIFS ÉDUCATIFS

Développer les ressources des élèves :
- développement moteur (vitesse, coordination...)
- développement cognitif (mettre en oeuvre des stratégies simples puis de plus en plus élaborées pour toucher son partenaire)
- développement affectif (l’enfant peut trouver une reconnaissance et une affirmation de soi au travers de cette pratique).

2 - A QUOI PEUT SERVIR L’OUTIL PÉDAGOGIQUE : BOXE ÉDUCATIVE

La finalité de cette discipline : se servir autrement de l’agressivité débordante chez des élèves, bien souvent perturbateurs, qui gênent le système scolaire en général. C’est aussi une manière positive et efficace pour libérer la classe afin que les autres élèves puissent avancer normalement dans leur cursus.

La compétition pour ceux qui en éprouvent le désir et qui possèdent le profil, “oui” pourquoi pas ?

Pour les autres, il faudrait, à mon humble avis, insister sur la réflexion, la mémorisation, pour mettre en place des katas divers à tous les ateliers boxe : corde, sac, shadow, mannequin, lin. Il faudrait donc développer pour la majorité de ces adolescents un nouvel esprit purement éducatif de ce sport olympique* qui possède toutes les vertus que nous connaissons :

“RESPECT - MAITRISE - FAIR PLAY”

* interdiction absolue de se toucher le visage tant que l’élève ne possède pas une maîtrise technique élaborée.

C'est aussi un excellent complément d'éducation qui permet à l'enfant de s'épanouir au mieux et de s'armer dans cette difficile école de la vie. Elle permet, entre autres, de vaincre une certaine timidité chez certains, de mieux canaliser l'agressivité débordante de ceux qui possèdent un trop plein d'énergie.

Elle sert aussi à mieux se sentir dans sa peau en apprenant à se défendre et pour finir, elle permet aux élèves qui ont des difficultés scolaires ou familiales de se défouler utilement et de se sentir mieux valorisés.

À signaler, durant les cours de boxe d'associations sportives ou sections sport scolaire, la richesse pédagogique qui en ressort.

À force de travail, d'entraide, d'autonomie, de solidarité entre élèves de la 6è à la 3è, qui a pour résultat de changer le comportement de certains élèves qui agissent tout autrement dans une cour de récréation, car là, il n'y a aucune règle. Il faut souligner une attitude plus respectueuse des élèves qui, lorsqu'ils franchissent une salle de sport de combat, commencent par ne pas cracher par terre, jeter le chewing-gum à la poubelle, respecter le matériel, le partenaire, les consignes, les règles en général.

C'est donc un cours complet qui regroupe : leçon de morale, de civisme et de sport.




a / Bibliographie

* Que sais-je n° 3529 - les violences scolaires
Jean-Louis Lorrain - PUF

* Violences scolaires, les enfants victimes de violences à l'école
Pascal Linet et Bernard Defrance
Ed. Syros - 2000 - 151 p.

* Violences entre élèves, harcèlements et brutalités ; les faits, les solutions
Dan Olwens
Ed. ESF - 1999 - 108 p.

* La violence à l'école : approches européennes
Revue Française de Pédagogie
N° 123, avril, mai, juin 1998

* Agir face à la violence
Jean Yves Prochazka
Hachette éducation - 1997 - 121 p.

* Violences à l'école, état des savoirs
Coordonné par Bernard Charlot et Jean Claude Ewin
Ed. Armand Colin - 1997 - 410 p.

* Violences à l'école, Allemagne, Angleterre, France
Une étude comparative européenne de 12 états du 2ème degré
Ed. Matrice - 1997 - 283 p.

* La violence dans la classe
Eric Debardieux
Ed. ESF - Coll. sciences de l'éducation - 1993 - 171 p.

* La violence à l'école
Guide de prévention et techniques d'intervention
Les Editions logiques - 1991 - 135 p.

* Revue Autrement
"Innovation Ecole ! de la maternelle au lycée"
article de Pascal Bouchard

b/ Articles de presse

* Le Parisien, 7/01/02
“Aulnay-sous-bois : des collégiens unis contre la violence”

* sur www.unesco.org/courrier/2001 01/fr/education.htm (26/02/02)
Violences scolaires : une affaire mondiale

* sur www.le monde.fr/article/0,5987,3226-,oo.html (26/02/02)
"Le premier recensement national relativise les violences scolaires"

* Le Monde Diplomatique - Février 2002
l’école ne brûle pas

* L’humanité, 5/03/ 01
Entretien avec Eric Debarbieux, à l’origine de la conférence mondiale sur “Violence à l’école et politique publique”.

* Libération, 5 /03/01
La conférence mondiale “Violence à l’école et politique publique” débute aujourd’hui à Paris à l’Unesco.

* L’humanité, 8/03/01
Lionel Jospin conclut les travaux de la conférence mondiale “Violences à l’école et politiques publiques

* sur www.premier ministre.gouv.fr, (9/03/01)
Discours en clôture de la conférence mondiale “Violences à l’école et politiques publiques” à l’Unesco

* Le Parisien, 19/12/2001
La violence s’attaque aux lycées

* Le Monde, 22/12/01
Un nouveau logiciel permet de mieux évaluer les violences scolaires

* Lien social, 29/11/01 - n° 599
Violences et incivilités des jeunes : des pistes restent à explorer

* L’humanité, 10/10/01
A l’école du respect

* Libération, 8/10/01
Au lycée des coeurs violentés

* L’humanité hebdo, 01/07/01
Violence à l’école primaire : traiter au plus vite le fléau"

c/ Sites ressources

* Education nationale
www.education.gouv.fr
> l'école du respect
> "opération ruban vert" (contre la violence à l'école)
> "le respect ça change l'école "(dossier de presse)
www.education.gouv.fr/magazine/1998/3/collège.htm
> Dispositif "école ouverte" en réponse à la violence.

* Non violence Actualité
www.nonviolence-actualité.org

* Fédération Française de Boxe
14, rue Scandicci
93508 Pantin cedex
tel :01 49 42 23 72
www.ffboxe.asso.fr

* Ring Verseron
www.rings-verseron.com

Pour contacter René ACQUAVIVA
email : acqua@wanadoo.fr

GÉNÉRIQUE DÉBUT

La CATHODE présente ESQUIVE !
Un film de Patrice ROLET GÉNÉRIQUE DE FIN
avec
Brigitte, René, Saïd, Moussa, Assan et les gamins du Collège Jean
MOULIN à Aubervilliers

Image et son
Patrice ROLET

Montage
Grégoire MARY

Développement
Mounia BAÏNOUTI

Production
La CATHODE
Gabriel GONNET

Coproduction
LA CATHODE

ALLER RETOUR Production

Pierre Henri LOŸS

Avec la participation de

Centre National de la Cinématographie

Ministère de l'Éducation Nationale

Ministère de la Jeunesse et des Sports

Fond d'Action Sociale

Fédération Française de Boxe

Remerciements

Brigitte PUGET
René ACQUAVIVA
Saïd BENNAJEM
Bruno ZOMER
Alain MOUCHEL
Michel CHOPINAUD
Alain HEBRARD
Anne Marie VAILLE
Michèle COHEN
Jacques BOSC
Annie GRISARD et
le Collège Jean MOULIN
Inspection Académique de
la Seine Saint Denis


Un film de Patrice ROLET


Copyright : La CATHODE, ALLER RETOUR Production, Télessonne
- Février 2002

Films de La CATHODE autour des thèmes de la violence, de la justice et de la loi :

- "Etat de violence - 26 mn (13-19 ans)
- "La loi, moi et les autres - 28 mn (13-19 ans)
- "Comme une vague" - 45 mn (formation des adultes)
- "Garde à vue, garde à toi, mode d'emploi - 24 mn (16-25 ans, formation des adultes)
- "Marguerite B : une histoire singulière" - 52 mn (formation des adultes)